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1. Des prémices aux premières missions au Groenland et en Terre-AdélieLes Grands AnciensL'appréhension du Monde par les Européens occidentaux a été lente et progressive. C'est du moins l'impression qui ressort de l'examen des archives officielles. En fait les découvertes se sont faites le plus souvent en suivant des routes que les autochtones empruntaient depuis longtemps déjà. Les cartographes des puissances politiques ou commerçantes ont patiemment collationné les observations des navigateurs et des voyageurs qu'ils pouvaient réunir en se gardant soigneusement de les divulguer. Cette méfiance intéressée ne facilitait pas l'essor des connaissances. Les routes des pôles, plus tardives pour l'essentiel, ont été, elles, plus innovantes. Si leur conquête fit l'objet d'une compétition entre navigateurs, elle fut aussi plus ouverte et amorça une véritable collaboration. Si dans cette quête les anglo-saxons et les scandinaves se sont montrés les plus nombreux et les mieux connus, des Français de qualité ont également pris part aux découvertes et laissé la trace de leurs exploits. Nous ne serons pas exhaustifs, mais essayons un panorama de nos marins et de leur apport à notre connaissance des hautes latitudes. Au IVe siècle avant notre ère Pythéas, le Marseillais, a franchi le cercle polaire arctique après avoir reconnu les Hébrides, les Orcades, les Shetland, les Féroé et l'Islande (Thulé). Il pénètre ensuite en mer Baltique et s'enfonce jusqu'au golfe de Finlande (voir la notice de Pythéas). Suivent deux millénaires relativement calmes. Puis, après les grandes découvertes du XVe siècle, on commence à parler de la terra australis incognita et commerçants et chasseurs partent à sa recherche. En 1504 le sieur de Gonerville, d'Honfleur, perdu dans une tempête vers le Cap de Bonne espérance a cru l'atteindre et son témoignage servira d'aiguillon pendant deux siècles à ses successeurs. Mais sa Terre des Perroquets n’était probablement que le Brésil. Les XVIIe et XVIIIe siècles sont ceux de la Compagnie des Indes Orientales qui fera beaucoup naviguer entre le Cap de Bonne Espérance et le détroit de Magellan. Ses capitaines plongeront dans le Sud, certes sans grands succès. On se rappelle de Gennes, Gouin de Beauchesne, Terville, les malouins Poré et Doublet, Frézier qui doutera de l'existence même d'un continent austral, et Bouvet qui, le premier, se heurtera aux glaces par 54°S près de ce qu'il nommera Cap Circoncision et qui deviendra l'île portant son nom. La seconde moitié du XVIIe siècle voit l'arrivée des grands navigateurs. Ce sont Bougainville avec Guyot et Chênard de Giraudais, Etchevery, Surville, puis Marion Dufresne et Crozet qui découvrent les îles Marion et Prince Edward et le groupe des Crozet mais manque l'île qu'atteindra Kerguelen avec Saint-Alouarn et à laquelle Cook donnera son nom. En Arctique, la concurrence est plus rude et les Français moins nombreux. Cependant dès 1524 le Dieppois Jean Ango cherche le passage du Nord-Ouest. Un siècle plus tard Bourdon longe le Labrador et atteint la Baie d'Hudson où le suit Le Moyne d'Iberville tandis que La Varenne explore le Spitzberg. Au début du XVIIIe siècle de Courtemanche hiverne au nord du Labrador et quelques décennies plus tard on retrouve Kerguelen en mer du Groenland et en Islande et La Pérouse à Sakhaline et au Kamtchatka. Retour au sommaireLes voyages scientifiques.Depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle les puissances font accompagner leurs expéditions de reconnaissance et de prise de possession par des scientifiques, naturalistes, astronomes, géographes, hydrographes, .. Cette tendance se renforce au XIXe siècle et l'on verra de nombreux marins français, d’Entrecasteaux, Huon de Kermadec, Beautemps-Beaupré, Baudin, Freycinet, Duperrey, Dupetit-Thouars reconnaître les terres les plus australes et descendre toujours plus au Sud. Parallèlement et plus discrètement, sur leurs traces, des flottilles de chasseurs de phoques exploitent les nouvelles découvertes souvent jusqu'à l'épuisement de la ressource. Ils participent néanmoins au développement de la connaissance des confins antarctiques. Ont ainsi été découvertes, les Malouines, la Géorgie du Sud, les Orcades du Sud, les Shetland du Sud et on soupçonne l'existence de la péninsule antarctique quand un navigateur britannique, Weddell, assure avoir atteint la latitude de 74°15' dans une mer libre de glaces. C'est ce que veut vérifier Dumont d'Urville quand il quitte Toulon en septembre 1837. Il échouera, mais aura reconnu de nouvelles terres auxquelles il donnera des noms français (Louis-Philippe, Joinville, ..). Après divers travaux géographiques et scientifiques en Océanie, il repartira vers le Sud depuis Hobart et débarquera en Terre-Adélie le 21 janvier 1840. La Marine Royale, puis Nationale, maintient la présence de la France dans les eaux australes. Cecille sur l'Héroine protège les baleiniers français dans le Sud Indien. L'observation du passage de Vénus devant le Soleil en 1874 motive les voyages de Jacquemart sur la Vire et de Mouchez et Duperré sur la Dives. Puis en 1882 c'est la première année polaire avec un hivernage à terre dans la Baie Orange en Terre de Feu sous la direction de Courcelle-Seneuil et des travaux d'hydrologie et d'ethnographie sur les fuégiens à partir de la Romanche sous le commandement de Marial. Enfin la dernière décennie du XIXe siècle voit se dérouler différentes missions qui vont confirmer la souveraineté de la France sur les Terres Australes (Kerguelen, Crozet, St-Paul et Amsterdam). Expéditions scientifiques également en Arctique, d'abord avec Blosseville qui disparaît avec la Lilloise, puis avec Tréhouard et Fabvre partis à sa recherche. Puis de la Roncière avec le Prince Napoléon visite les îles de l'Atlantique Nord jusqu'à Jan Mayen, le Prince de Monaco explore le Spitzberg, le Duc d'Orléans conduit deux expéditions sur la côte Nord-Est du Groenland où il atteint 78°16' puis au Spitzberg et en Nouvelle Zemble qu'explore peu après Charles Bernard. Retour au sommaireLes précurseursAvec le tournant du XXe siècle les expéditions vont se multiplier : tentatives pour atteindre les pôles, pour forcer les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest, pour étendre nos connaissances. On modernise les équipements, on développe des techniques nouvelles, les premières motorisations apparaissent. Pour la France, c'est Jean-Baptiste Charcot qui va porter le flambeau. Il organise en Antarctique, dans le secteur de la péninsule, deux campagnes en 1903-1905 avec le Français puis en 1908-1910 avec le Pourquoi-Pas ? Après la Grande Guerre, il multipliera, les missions scientifiques, toujours sur le Pourquoi-Pas ?, dans l'Atlantique Nord et l'Arctique. Il mettra en place, au Groenland, les hivernants de la seconde année polaire, en 1932, au Scoresby Sund, et Paul-Émile Victor et ses compagnons, en 1934, à Ammassalik où ils hiverneront. En 1936 Paul-Émile Victor traverse le Groenland d'Ouest en Est en traîneau à chiens avec trois compagnons et, tandis que le Pourquoi-Pas ? rapatrie Michel Pérez et Robert Gessain, il part hiverner dans une famille eskimo à Kangerlugssuatsiak à 250 km au Nord d'Ammassalik. Retour au sommaireLa création des Expéditions Polaires FrançaisesPaul-Émile Victor a terminé la guerre en Alaska dans une unité de l'armée de l'air américaine qui entraînait aux techniques de survie les pilotes risquant d'être obligés d'atterrir dans le Grand Nord et qui s'efforçait de les retrouver et de les récupérer. Dans cette épreuve, il enrichit sa connaissance des régions polaires et découvre les techniques modernes que les besoins du conflit avaient permis de développer. Aux États-Unis il se lia aussi avec André-Frank Liotard. Il rentre en France en août 1946 et aussitôt annonce sa volonté d'organiser une mission scientifique au Groenland, en mettant en œuvre les techniques nouvelles acquises aux USA. Trois jeunes montagnards, J.-A. Martin, Robert Pommier et Yves Vallette, retour du Spitzberg, vont le pousser à s'intéresser aussi à la Terre-Adélie. Un ambitieux projet d'expéditions scientifiques est prêt à la fin de l'année. Aidé efficacement par André-Frank Liotard qui possède de nombreuses relations politiques, Paul-Émile Victor soumet son projet au Gouvernement que préside Paul Ramadier. Le Conseil l'approuve le 28 février 1947 (voir document). Dans le contexte de l'après-guerre où les préoccupations des gouvernants vont plutôt à la reconstruction d'un pays détruit et à l'approvisionnement d'une population affamée, cette décision semble tenir lieu du miracle mais elle montre à l'évidence que ce gouvernement avait une vision à long terme de l'intérêt de la France. Sous le nom « Expéditions Polaires Françaises – Missions Paul-Émile Victor », l'opération est rapidement mise sur pieds. Elle est approuvée par le Président de la République, Vincent Auriol (voir document). L'Académie des sciences va prendre en compte le programme scientifique, ce que confirment par lettre ses Secrétaires perpétuels, Louis de Broglie et A. Lacroix (voir document : page 1, page 2, page 3) et mettre en place une Commission scientifique que président Charles Maurain et le R. P. Pierre Lejay. Enfin, en juillet 1947, l'Assemblée Nationale vote les crédits nécessaires aux expéditions vers le Groenland et la Terre Adélie. Paul-Émile Victor s'est entouré d'un Comité directeur où, à côté d'André-Frank Liotard, siègent ses compagnons d'avant guerre, les docteurs Robert Gessain et Raymond Latarjet, et le géologue Michel Pérez. Et, les décisions pleuvent. Liotard s'occupera de l'Antarctique où on n'a pas d'expérience récente. Lui-même participera, durant l'été 1947-1948, à une campagne sur le John Biscoe avec les Anglais en péninsule antarctique, tandis qu'on enverra Yves Vallette chez les Australiens à Macquarie. Pour le Nord une campagne préparatoire d'une trentaine de membres devrait reconnaître, durant l'été 1948, l'accès de l'inlandsis groenlandais et mettre en place les moyens techniques des campagnes ultérieures. En outre, pour la Terre-Adélie, un navire est acheté et confié à la Marine Nationale qui l'armera. Après passage par un chantier naval de Saint-Malo et l'arsenal de Brest il deviendra le Commandant Charcot. Il partira à l'automne 1948. Retour au sommaireLes objectifs scientifiquesDès leur traversée du Groenland, en 1936, Victor, Pérez et Gessain avaient posé les questions fondamentales de la recherche polaire :
Ces différents points sont repris dans le projet soumis au Gouvernement. Paul-Émile Victor avait ainsi défini les objectifs scientifiques que ses missions se proposaient d'atteindre :
Et ce programme ambitieux mais presque encore d’actualité figure dans un document de février 1947 ! Retour au sommaire Continuer page suivante |
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PARIS |