Les premières campagnes en Terre-Adélie

La campagne 1948-49

Le Commandant Charcot, commandé par le Capitaine de frégate Max Douguet, transportait, sous la direction d’André-Frank Liotard, treize civils dont une partie devait créer une station en Terre-Adélie et y hiverner. Par suite d’une avarie de machine, le navire n’appareilla que le 26 novembre 1948 avec deux mois de retard. Il atteignit la banquise le 11 février 1949, puis se heurta à un pack épais par 66°15'S et dut faire demi-tour le 25 février. Quelques observations furent faites au retour. Le matériel et les trente-cinq chiens de l’expédition furent laissés en Australie et le 11 juin 1949 le Commandant Charcot touchait Brest.

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L’expédition de 1949-1951. Le premier hivernage à Port-Martin

L’expédition (quinze hommes dont douze hivernants et 150 tonnes de matériel) embarqua le 20 septembre 1949 à Brest sur le Commandant Charcot toujours commandé par le Capitaine de Frégate Max Douguet.

Le 21 octobre, l’un des promoteurs de cette expédition, J.A. Martin, décédait subitement au large de la côte d’Afrique du Sud ; il fut inhumé à Capetown.

Après avoir récupéré les chiens, les 100 tonnes de matériel et deux weasels en Australie, le Commandant Charcot fit route vers la Terre-Adélie. Le 29 décembre 1949, il rencontrait le pack. Grâce aux informations fournies par les vols du petit hydravion qu’il transportait, il put franchir la barrière de glace et le 15 janvier il était en vue de la côte de Terre-Adélie dans la zone parcourue en 1840 par Dumont d’Urville.

Après différents repérages de sites de débarquement, le choix définitif se fit le 20 janvier sur un emplacement rocheux situé par 69°49'S et 141°24'E. Le 2 février la totalité du matériel était à terre et le navire quittait la Terre-Adélie le 8 février 1950. La base reçut, en souvenir du membre de l’expédition décédé en route, le nom de Port-Martin.

L’hivernage des onze membres de l’expédition, sous la direction d’André-Frank Liotard, commença par la construction d’un ensemble de baraquements en forme de croix mesurant 16 mètres sur 4,5 mètres. Il comprenait une salle commune, une cuisine, un dortoir, un laboratoire et, en prolongement, un atelier. Un abri-refuge fut construit à proximité.

Les mesures de météorologie commencèrent dès la mi-février. Des observations scientifiques, marégraphie, cartographie, étude de la faune et de la flore, furent effectuées régulièrement. Des raids en traîneaux à chiens et en véhicules chenillés se déroulèrent tant sur la glace de mer que sur le Plateau antarctique. En particulier, l’un d’eux eût lieu à Pointe-Géologie dans la région où Dumont d’Urville avait pris possession de la Terre-Adélie. On y découvrit, dans un cadre magnifique, une importante rookerie de manchots empereurs (la cinquième connue). Un autre raid poussa vers cap Denison où on retrouva la base établie en 1911 par l’Australien Douglas Mawson.

Le 6 janvier le Commandant Charcot mouillait devant Port-Martin et déposait les membres et le matériel de la deuxième expédition en Terre-Adélie. Le navire quittait la Terre-Adélie le 5 février 1951.

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L’expédition en Terre-Adélie 1951-52. Le second hivernage à Port-Martin

La seconde expédition avait pour but de mener à bien un vaste programme de recherches scientifiques et de continuer l’exploration de la Terre-Adélie.

Elle comprenait dix-sept membres sous la direction du Lieutenant de vaisseau Michel Barré, assisté du Lieutenant de vaisseau Bertrand Imbert. Deux de l’expédition précédente, Georges Schwartz et François Tabuteau avaient décidé de rester à Port-Martin pour un deuxième hivernage.

La nouvelle équipe embarqua le 30 octobre à Brest sur le Commandant Charcot commandé par le Capitaine de vaisseau Max Douguet. Le pack, peu important cette année là, fut franchi sans difficulté et le débarquement fut effectué entre le 10 et le 27 janvier 1951. Le 5 février le navire quittait la Terre-Adélie.

De nouvelles constructions furent ajoutées à la base existante. Un petit bateau, le Skodern, effectua sept sorties hydrographiques durant la fin de l’été, mais le 17 mars, recouvert par la glace (embruns gelés et dépôts de blizzard), il coula.

La nouvelle expédition disposait de trois weasels et toujours de la meute de chiens de traîneaux ce qui lui permit d’effectuer un nombre de raids importants (plus de 3 000 km) vers Pointe-Géologie, cap-Pépin, cap-Denison et, par l’intérieur du plateau, vers la frontière Ouest de la Terre-Adélie. Ces raids permirent un certain nombre de levers géodésiques et cartographiques, ainsi que des observations sur les manchots empereurs. Pendant ce temps des mesures de météorologie, de magnétisme, de glaciologie et de marégraphie étaient systématiquement menées. Le programme scientifique (magnétisme, optique de l’atmosphère, sismologie, sondages ionosphériques, géodésie) fut entièrement exécuté.

Le 14 janvier 1952 le navire norvégien Tottan affrété par les E.P.F. débarquait la relève d’hivernage de Port-Martin conduite par René Garcia, puis se rendait à Pointe-Géologie pour y déposer quatre hommes qui devaient établir une petite base chargée essentiellement de l’étude des manchots empereurs.

Au cours de la nuit du 23 au 24 janvier 1952, à 3 heures 20 du matin, un incendie se déclarait à Port-Martin et, en moins d’une demi-heure, attisé par un fort vent, détruisait la station. Les membres de la deuxième expédition qui venaient d’hiverner et ceux de la relève, rembarquèrent le soir même sur le Tottan.

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L’expédition en Terre-Adélie 1952-1953. L’hivernage à Pointe-Géologie

Les membres de l’expédition prévus pour l’hivernage à Pointe-Géologie avaient commencé à s’installer lorsque le 25 janvier 1952 le Tottan se présenta pour les rapatrier, les responsables considérant que ce petit groupe de quatre hommes, sous la direction de Mario Marret, se trouverait trop isolé, privé du support de Port-Martin envisagé dans le projet d’origine. Or ce n’était pas l’avis de cette équipe qui était bien décidée à accomplir l’hivernage prévu, quelles que soient les conditions. Au contraire même, parmi les membres de la relève, les demandes de rester à Pointe-Géologie furent nombreuses. En définitive, trois autres hommes, dont un observateur australien, Robert Dovers, furent acceptés, portant le nombre des hivernants à sept. Toutefois, l’expédition avait été conçue pour trois ou quatre hommes et la baraque préfabriquée ne mesurait que 5 mètres sur 4. On débarqua du Tottan, non seulement les matériaux pouvant servir à améliorer la future station (planches, outils, vivres, matériels divers), mais aussi trente chiens dont l’emploi n’était pas prévu, en particulier au voisinage de la rookerie d’empereurs.

Le Tottan quitta la Terre-Adélie le 20 janvier 1952. Les sept hommes s’employèrent activement à construire la station sur l’île des Pétrels et, évidemment, à agrandir le bâtiment primitif en utilisant toutes sortes de matériaux, y compris les planchettes des caisses de vivres et d’équipements. A la mi-février 1952, les membres de l’expédition quittaient leurs tentes et s’installaient dans le bâtiment qu’ils avaient construit. Les liaisons radio devaient à l'origine être assurées à travers Port-Martin qui ferait le relais mais étaient impossibles directement avec le petit émetteur disponible à Pointe-Géologie. Mario Marret bricola alors un émetteur plus puissant et, après des semaines de silence, la liaison fut établie avec la France, via Nouméa.

Malgré les moyens réduits dont disposait l’équipe, différents travaux scientifiques purent être conduits durant l’hivernage, mesures de météorologie, études de la glace de mer, marégraphie, physiologie humaine et surtout observation des manchots empereurs et des autres oiseaux de l’archipel.

L’expédition décida en outre d’effectuer des raids. En juin 1952, fut lancé un raid plein Nord en traîneaux à chiens sur la glace de mer pour effectuer une reconnaissance vers la mer libre et comprendre ainsi comment les Empereurs se ravitaillaient au cœur de l’hiver. Par ailleurs, le 21 juin un weasel partit pour Port-Martin pour une récupération de vivres et de matériel et ramener un second weasel. Bien que la distance séparant les deux bases fut de 70 km, ce voyage dura plus de cinq semaines. En août, alors que se déroulaient des observations sur la glace de mer amenant deux hommes à effectuer des séjours de trois à quatre jours, au large, hors de la base, une forte tempête entraîna une débâcle complète de la glace de mer, celle-ci se reformant du reste peu de jours après. Heureusement les deux glaciologues étaient par hasard à ce moment là revenus se ravitailler à la station, mais la leçon porta. Aussi fut-il décidé qu’aucun raid ne se ferait plus sur la glace de mer, quelles que soient les facilités offertes par ce type de déplacement.

Le grand projet depuis trois ans était de terminer la cartographie de Terre-Adélie. Les expéditions précédentes n’avaient pas atteint la côte à l’extrémité occidentale du territoire. Début octobre, une première reconnaissance eut lieu avec les chiens pour trouver une voie d’accès au Plateau dans le glacier de l’Astrolabe. Le 7 novembre, un groupe de quatre hommes, deux weasels et onze chiens, quitta la base pour se rendre au Rocher X par l’intérieur. Ce nunatak fut atteint après un mois de voyage. Puis la côte avoisinante fut cartographiée, le point astronomique du Rocher X réalisé et une exploration du glacier Z (glacier du Pourquoi Pas ?) faite grâce aux traîneaux à chiens.

Le 14 janvier 1953, la base était fermée et le Tottan quittait Pointe-Géologie ayant à son bord les sept hivernants.

Cette première série de campagnes avait permis la réoccupation par la France de la Terre-Adélie. Elle avait reconnu ses limites et en avait établi une première cartographie. De nombreuses observations scientifiques, en météorologie, en géophysique, en biologie, montraient tout l'intérêt des recherches polaires et ouvraient la voie aux futures missions.

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