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L'Expédition Glaciologique Internationale au Groenland 1959-1960 (EGIG 1)Si, après la fermeture de la base Marret en janvier 1953, l'AGI a permis aux Expéditions Polaires Françaises de revenir vers le Sud et, comme nous venons de le voir, de s'y maintenir, rien ne permettait d'envisager, après le replis de 1951, une reprise des activités au Groenland. Seules trois opérations modestes ont occupé les six années suivantes. Sous la direction de Robert Guillard, deux campagnes de raids de 5 à 6 personnes ont été conduites au départ de Thulé au profit des Américains en 1952 et 1953 et, après s'être faits parachuter, 4 hommes menés par Jean Dumont ont hiverné sur l'inlandsis en 1957. Cependant, l'idée de retour au Nord restait bien vivante. En 1954 la commission des neiges et des glaces de l'association internationale d'hydrologie scientifique estima qu'une nouvelle expédition à l'échelle internationale sur l'inlandsis groenlandais était souhaitable. Chercheurs et logisticiens allemands, autrichiens, danois, français et suisses, réunis du 3 au 8 avril 1956 à Grindelwald en Suisse, décidèrent d'une Expédition Glaciologique Internationale au Groenland (EGIG) et constituèrent un Comité de Direction présidé par le professeur Finsterwalder et dont Albert Bauer assura le secrétariat général. Définir, coordonner, contrôler la préparation des programmes scientifiques firent se multiplier les réunions de ce comité : Paris en décembre 1956, Davos en avril 1957, Munich en octobre 1957, Paris en juin 1958, Vienne en octobre 1958, etc. : elles se prolongèrent jusqu'en 1973. Sous la direction de Paul-Émile Victor, les Expéditions Polaires Françaises furent chargées de l'organisation et de la réalisation du programme opérationnel. Le programme était ambitieux, la logistique particulièrement lourde. Fidèle aux principes déjà expérimentés de 1948 à 1951 Paul-Émile Victor mécanisa au maximum les opérations : au sol utilisation exclusive de véhicules chenillés tirant traîneaux et caravanes, mise en place du personnel depuis l'Europe par avion en utilisant la base américaine de BW8 (Søndre Strømfjord) et sur le terrain par hélicoptère, dispatching du matériel d'abord transporté à pied d'œuvre par navire, par largage et parachutage. Pour cela il obtint le concours de l'Armée de l'Air française qui mit en œuvre des Nord 2501 et des Alouette II. Un " Igloo " préfabriqué en stratifié verre résine abritera les 6 hivernants. La préparation des campagnes fut complétée par des missions aéroportées de reconnaissance au cours des étés 1957 et 1958. Retour au sommaireCampagne logistique de 1958Elle a pour objectif de transporter à pied d'œuvre l'essentiel du matériel destiné à la campagne d'été 1959 et à l'hivernage 1959-1960. Sous la conduite de Robert Guillard, cinq membres des EPF vont le suivre de bout en bout. Partis du Havre le 16 octobre 1958 sur le navire danois Blikur, 1500 m3 de matériel sont débarqués à Søndre Strømfjord à partir du 27. De là, ils seront transportés à 15 km, sur la base BW8 de l'US Air Force pour y être stockés tout l'hiver. 4614 caisses ou colis, 673 fûts, 14 weasels, 16 traîneaux, 2 barges, 9 caravanes, 1 jeep attendront la fin de l'hiver pour leur mise en place sur les différentes destinations de la première campagne proprement dite de l'EGIG. Il restera environ 15 tonnes, " l'Igloo ", le matériel radio, certains équipements scientifiques et un prototype de véhicule chenillé, qui seront acheminés au Groenland par avion début 1959. En outre, une fraiseuse à neige débitant 10 m3/h sera parachutée sur le site de l'hivernage pour l'enfouissement de " l'Igloo " et le creusement des galeries techniques Détaillons ce matériel. 2600 caisses, 41 tonnes, rassemblent l'alimentation de la prochaine campagne d'été et de l'hivernage ; 520, le matériel de parachutage ; 380, la maintenance mécanique ; 160, le matériel scientifique ; 100, le matériel électrique ; 60, l'aménagement intérieur de " l'Igloo " ; 50 enfin, l'habillement et les affaires personnelles. Les weasels, reconditionnés, ont reçu une carrosserie en stratifié et un réchauffeur d'air pour le confort du moteur et des passagers. 7 sont équipés d'un émetteur-récepteur BLU permettant des liaisons jusqu'à 800 km. Ils peuvent porter 500 kg et tirer 2 t. Les caravanes placées sur des traîneaux remplacent avantageusement les tentes pour le logement et les laboratoires. Chacune peut héberger six hommes. Pour l'hivernage, l'énergie sera fournie par une éolienne de 6 m de diamètre d'une puissance de 4,5 kW et pouvant fournir en moyenne journalière, compte tenu des vents, 25 kWh. Un groupe électrogène, également de 4,5 kW, servira d'appoint et de secours. Ces sources d'énergie chargeront une batterie de 470 Ah alimentant les installations de la base en 110 V continu. 47 fûts sont remplis de kérosène pour le chauffage et les autres d'essence pour les véhicules. Ils seront largués par les Nord 2501 volant en rase-mottes. Retour au sommaireLes campagnes de l'été 1959Un premier groupe de 19 techniciens, sous la direction de Robert Guillard, arrive par avion à BW8 courant mars 1959. Il reprend en charge le matériel stocké à l'automne et prépare un raid lourd, regroupant tous les véhicules, les caravanes et les traîneaux. Il quitte BW8 le 30 mars pour le point Jonction (carte EGIG1) qui est atteint le 24 avril, après d'énormes difficultés liées au manque d'enneigement pour traverser la moraine d'accès à l'inlandsis. Les 23 scientifiques, avec Paul-Émile Victor, arrivent à Søndre Strømfjord le 10 avril et rejoignent le convoi par hélicoptère, à mi-distance entre BW8 et Jonction, le 20. Tous rejoignent alors le Camp VI le 1er mai, d'où les différents groupes éclateront vers leurs missions particulières en suivant des itinéraires communs (carte EGIG1) après avoir réceptionné les parachutages de matériel et de consommable. Ils sont au nombre de 12, chacun comptant entre 4 et 10 membres. Cinq groupes techniques : le P.C. avec P.-E. Victor ; deux groupes de transport, Nord et Est ; un groupe hélicoptères ; un radio à BW8 pour les liaisons avec la France. Sept groupes scientifiques : géodésie sur l'inlandsis et géodésie côtière ; géophysique ; nivellement ; glaciologie sur l'inlandsis et glaciologie côtière ; hydrologie. Tandis que les groupes scientifiques poursuivent leurs missions et récoltent une considérable moisson de résultats, le groupe de transport Est, après avoir réoccupé au passage la Station Centrale des hivernages 1950 et 1951, atteint le secteur où sera implanté " l'Igloo ". Il réceptionnera les parachutages et largages de matériel et engagera les travaux de construction. C'est au cours de ces opérations que la rencontre avec un ours polaire égaré à plus de 300 km de la côte, faillit être dramatique (récit de la victime). La conception d'une station d'hivernage a beaucoup évolué depuis 1950. Le bois, qui brûle, comme à Port-Martin (!), est abandonné au profit de matériaux modernes aussi légers et plus résistants, les sandwichs de stratifié verre-résine et mousse (klégécell) épais de 6 cm. L'abri principal de l'EGIG, préfabriqué dans ce matériau, est de forme cylindro-sphèrique (l'Igloo) de 6,60 m de diamètre et de 5,80 m de haut. Il reposera sur un radier en bois et sera enfoui dans le névé, solution avantageuse pour se soustraire aux effets des vents forts régnant sur l'inlandsis : refroidissement et formation de congères. Le tout pèse 4,3 t pour 30 m3 en colis d'un poids moyen de 50 kg facilement manipulables. L'Igloo offre sur deux niveaux 66 m² habitables : en bas les locaux communs, en haut six cabines individuelles, la radio et la météo. Un réseau de 124 m de galeries creusées dans le névé permet d'accéder à des locaux annexes, salle des machines, accumulateurs, laboratoire de glaciologie, aux dépôts de vivres et de carburant, à diverses réserves et … à la sortie. Enfin, en surface, l'éolienne, la tour météo de 11 m et quatre mats pour les antennes radio. La construction commencée le 27 juin était achevée le 15 août. Un seul incident notable : le 18 juillet un mécanicien dut être opéré d'urgence d'une appendicite dans un local improvisé pour la circonstance. Tout s'est bien passé. La station a pris le nom de " Jarl-Joset " en mémoire des deux membres de la campagne 1951 disparus dans une crevasse. Elle est située par 71°20' de latitude Nord, 33°55' de longitude Ouest et 2800 m d'altitude. Ayant achevé leur travail, les différents groupes rejoignent le bord de l'inlandsis d'où ils sont ramenés à la côte par hélicoptère soit directement à BW8 soit, pour les groupes qui travaillaient au Nord, au Camp I d'où le navire océanographique allemand Gauss ou le navire danois Ole Romer les conduiront à Søndre Strømfjord. Le personnel regagnera l'Europe par avion ; tous seront rentrés le 10 septembre. Véhicules, caravanes et traîneaux sont stockés, pour l'hiver, en bordure de l'inlandsis. Retour au sommaireL'hivernage 1959-1960Sous la direction de Michel de Lannurien, six hommes - quatre Français, un Suisse et un Allemand - commencent leur hivernage à la station Jarl-Joset le 15 août 1959. Ils démarrent aussitôt un vaste programme d'observations : météorologie (pression, température, humidité, vent, rayonnement, nébulosité, etc.) ; glaciologie (accumulation, cristallographie) ; rhéologie de la glace ; médecine (adaptation, comportement). L'hiver est bien supporté malgré une température moyenne de l'ordre de -35° (jusqu'à -60°) et un vent moyen de 8 m/s (30 km/h). Le 18 mai 1960 deux Nord 2501 parachutent 4 t de vivre, de matériel et le courrier. Le raid qui doit rapatrier les hivernant, venant du Camp VI arrive le 13 juillet. La station Jarl-Joset est fermée le 28 juillet. Elle est prête pour recevoir un nouvel hivernage mais ne sera jamais réoccupée que pour de courts séjours d'été. Retour au sommaireLa campagne d'été 1960Il convient de rapatrier les hivernants de Jarl-Joset et le matériel ayant servi à l'EGIG et de compléter quelques observations scientifiques. Une équipe de douze hommes sera chargée de ce travail sous la responsabilité de Robert Guillard. Débarquée à BW8 le 11 mai 1960 avec 25 t de matériel d'entretien, deux Alouette II et leurs équipages et une équipe de parachutage, elle est à pied d'œuvre le 16 à Terminus pour dégager véhicules, caravanes et traîneaux, puis gagnera le Camp VI, réceptionnant au passage les parachutages de matériel et de carburant et dégageant les équipements stockés pour l'hiver. Tous les véhicules, traîneaux et caravanes seront révisés par cinq mécaniciens et regroupés au Camp VI tandis que l'équipe Guillard, comme on l'a vu, récupérera les hivernants de Jarl-Joset. Tout le monde est regroupé le 8 août au Camp VI qui est fermé le 12. Le convoi de 17 hommes, 15 weasels, 8 caravanes, 7 traîneaux, 1 barge se dirige vers DYE2 (station radar américaine à 80 km au sud de Jonction) d'où tout sera rapatrier à BW8 par 12 vols de C130 de l'US Air Force. Le matériel est chargé sur le navire norvégien Pallas qui atteindra Le Havre le 9 septembre. Le personnel, embarqué sur un Bréguet 2 Ponts, arrivera au Bourget le 5 septembre. La première campagne combinée de l'EGIG est terminée. Elle a démontré une parfaite réussite d'un programme ambitieux réalisé dans un contexte international exemplaire. Retour au sommaire Continuer page suivanteCette page a été mise à jour le 05/02/07. |
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PARIS |