L'Expédition Glaciologique Internationale au Groenland 1967-1968 (EGIG 2).

On avait prévu de renouveler les opérations scientifiques de l'EGIG après une période de dix ans, délai jugé nécessaire pour que l'évolution des phénomènes étudiés soit suffisamment sensible. La qualité et la précision des acquis de la première campagne incita le comité de direction à raccourcir ce délai à 8 ans. C'est en 1967 que le Groenland retrouvera l'activité qu'il avait connue pour la première partie de L'EGIG. Le comité directeur se réunit à plusieurs reprises au cours de l'année 1965 (à Zurich puis à Innsbruck) pour arrêter le programme scientifique et ébaucher l'organisation des opérations. Il n'y a pas d'hivernage prévu comme pour l'EGIG 1 mais deux grosses campagnes d'été. Les transports aériens sont toujours privilégiés et, en outre, les Expéditions Polaires Françaises font développer un nouveau tracteur chenillé, le HB40 " Castor ", pour renforcer la capacité des transports terrestres. Après des essais concluants qui se déroulent en 1964 et 1965 elles commandent cinq de ces véhicules qui seront opérationnels pour la campagne d'été 1967.

Cinq grands chapitres forment le programme scientifique :
géodésie (position des balises par triangulation et telluromètre, polygones de déformation, nivellement)
géophysique (en particulier mesure de l'épaisseur de la calotte glaciaire par sismique réflexion et par sondages radioélectriques) ;
épaisseur des fronts glaciaires (diverses méthodes dont bathymétrie des fjords) ;
météorologie (programme classique et bilan thermique) ;
glaciologie (rhéologie, nivologie, physico-chimie, sondage thermique et carottage 300m).
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La campagne d'été logistique de 1966

Il s'agit de mettre en place à Søndre Strømfjord le matériel des prochaines campagnes. 328 tonnes, 1700 m3, 7140 colis sont chargés au Havre sur le navire danois Esbern Share du 18 au 20 août. Six hommes, sous l'autorité de Robert Guillard, rejoindront le Groenland par avion et, après avoir stocké et conditionné pour l'hiver l'ensemble des équipements et des colis, ils regagnent la France le 10 septembre.

Ce matériel comprend 5 HB40 " Castor ", 9 weasels, 8 caravanes, 10 traîneaux, 1 Landrover, 2500 caisses de vivres, 1200 fûts de carburants et d'ingrédients divers, 532 balises et 2650 fanions, 170 bouteilles de propane, 320 caisses d'explosifs, des groupes électrogènes, des rechanges en tout genre, le matériel de parachutage, etc.

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La campagne d'été 1967.

Plus de navire entre l'Europe et le Groenland et plus de groupes nombreux au départ : les liaisons sont toutes aériennes et les techniciens comme les scientifiques sont progressivement mis en place en fonction de l'avancement de la préparation de la campagne sur le terrain. L'armée de l'air française ( précisément le COTAM) fera les opérations sur l'inlandsis, dépôts de personnel et de matériel avec des Alouette II, parachutages et largages à partir de Nord 2501. La Luftwaffe qui devait renforcer le potentiel français, n'a finalement pas participé aux opérations. L'US Air Force, avec ses C130 Hercules, a pu acheminer de Søndre Strømfjord sur l'inlandsis l'ensemble du matériel apporté à l'automne précédent évitant ainsi d'avoir à franchir, avec des véhicules, la zone marginale particulièrement chaotique cette année.

La campagne débute le 8 mars 1967 par la mise en place à Søndre Strømfjord d'une première équipe de techniciens des EPF qui vont déstocker le matériel et organiser son acheminement vers Dye 2 (carte EGIG2) sur des C130 de l'US Air Force. Cette première équipe sera suivie de sept autres jusqu'au 19 avril, les scientifiques arrivant en deux groupes les 19 et 21 avril. Trois vols de Nord 2501 depuis la France apporteront un complément de matériel dont principalement l'équipement radio de la station de Søndre Strømfjord qui devra coordonner toutes les communications avec les raids, les moyens aériens et la France. Les opérations préparatoires vont se poursuivre jusque fin avril dans un camp provisoire établi à quelques kilomètres de Dye 2 : conditionnement et répartition du matériel, des carburants et des vivres entre les différents raids et les dépôts constitués sur les itinéraires futurs par largage et parachutage, réalisation des infrastructures scientifiques, enfin mise en place des groupes sur leurs bases de départ.

La responsabilité générale des opérations de cette campagne est confiée à Robert Guillard, quant au chef d'expédition, Paul-Émile Victor, il sera présent sur le terrain du 7 au 10 mars, du 11 avril au 5 mai et du 2 au 19 juin. Outre une petite équipe restant à Søndre Strømfjord pour la coordination et la radio, neuf groupes sont constitués : six sont mobiles, un groupe médical, deux groupes de transport, deux de géodésie et un de géophysique et trois sont stationnaires, glaciologie côtière, météorologie et rayonnement à Jarl-Joset et à Carrefour. Les moyens aériens sont répartis en quatre groupes, un groupe hélicoptères, deux détachements du COTAM à quatre équipages et une équipe technique pour les Nord 2501 (deux fois trois appareils) et un groupe de livraison par air (GLA 1) pour la manutention des parachutages et des largages.

Les opérations scientifiques

Elles débutent à la mi-mai et se poursuivent jusqu'à la mi-août.

Le groupe de Géodésie A de Dye 2 a rejoint directement Crête (carte EGIG2) où il a commencé ses travaux qu'il a poursuivis sur le cheminement Jarl-Joset Cecilia Nunatak. Revenu sur ses pas il a continué sur l'axe Station Centrale, Milcent, Carrefour, Camp VI d'où, transporté par hélicoptère, il a entrepris le rattachement de ses mesures à la côte. Revenu à Carrefour il a commencé les travaux sur l'axe Nord-Sud jusqu'à Point Sud.

Le groupe de Géodésie B démarre ses travaux de Station Centrale, exploite le cheminement Milcent, Carrefour, Camp VI où il effectue un rattachement à la côte, puis, revenant sur ses pas, prolongera ses travaux jusqu'à Cecilia Nunatak via Crête et Jarl-Joset.

Ces deux groupes opéraient des mesures d'azimut au théodolite, de distance au telluromètre, et d'altitude par nivellement barométrique. Ils établirent et recontrôlèrent six pentagones de déformation de 14km de diamètre.

Le groupe de Géophysique a stationné trois semaines à Carrefour pour mettre au point son appareillage, en particulier le radar destiné à mesurer l'épaisseur de la glace. L'exploitation de cet instrument impliquait des arrêts tous les 1 à 2 km ce qui ralentit considérablement la progression du groupe sur l'axe Ouest-Est qu'il parcourut jusqu'à Dépôt 420. Le retour comportait un programme de sismique réfraction et réflexion avec de fortes charges entre Station Centrale et Milcent. Ce programme était complété par des mesures de gravimétrie et de magnétisme.

À la suite de la destruction de deux caravanes lors d'une tempête, le groupe de Météorologie/Rayonnement de Carrefour a dû s'installer sous une tente Atwell. Néanmoins le programme s'est déroulé sans incident et était achevé fin juillet.

À Jarl-Joset le groupe de Météorologie a dû attendre la remise en état de l'équipement énergie de l'igloo pour être totalement opérationnel ce qui ne l'a pas empêché d'achever son programme. Il a également réoccupé le puits glaciologique de Dumont et y a conduit les observations prévues.

Débarqué à Jakobshavn le groupe de Glaciologie Côtière opéra, avec l'aide des hélicoptères, à Camp III et Camp IV pour recueillir d'une vingtaine de tonnes de glace des échantillon de CO2 qui seront datés par la méthode du 14C tandis que des échantillons d'eau de fonte permettront d'établir le rapport 18O/16O.

À l'issue de la campagne tous les groupes se retrouvèrent à Carrefour dans la deuxième quinzaine d'août. Les installations furent démontées et, à l'exception de huit hommes qui accompagnèrent un convoi de véhicules à Dye 2, tout le personnel gagna Jakobshavn en hélicoptère puis Søndre Strømfjord par bateau. Les rapatriements sur l'Europe s'étalèrent jusqu'au 28 septembre.

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La campagne d'été 1968.

Cette campagne est le prolongement de la campagne de 1967 et elle est bâtie sur les mêmes principes. Les résultats acquis l'année précédente (et les difficultés rencontrées) ont fait quelque peu évoluer les programmes scientifiques, le nivellement et la glaciologie sont privilégiés, mais nous retrouvons sensiblement les mêmes groupes avec un personnel en partie renouvelé.

Le transport aérien est toujours privilégié, mais aux côtés des Nord 2501 du COTAM, des Alouette II de l'Armée de l'Air et des C130 à skis de l'USAF, les EPF feront aussi appel, pour cette campagne, à des transporteurs privés pour du fret au DC4 d'Air Transport entre Paris et Søndre Strømfjord et pour du personnel aux hélicoptères de Greenlandair entre Søndre Strømfjord et Jakobshavn.

La campagne commence le 18 mars par un transport de fret vers le Groenland suivi de l'inspection à Dye 2 du matériel stocké durant l'hiver. Le personnel, techniciens puis scientifiques, est à pied d'œuvre, par petits groupes, courant avril. Le point de rassemblement et de départ des raids est Carrefour qui sera atteint, d'une part, depuis Dye 2 par un convoi de huit hommes et quatre HB40 transportant le matériel nouvellement arrivé, d'autre part, par vols d'Alouette II pour le personnel qui a transité par Jakobshavn.

Les deux groupes de Nivellement, A et B, sont autonomes. Ils vont parcourir l'axe Est-Ouest, d'un bord de l'inlandsis à l'autre, le premier de Camp Sismique à Crête, le second de Crête à Cecilia Nunatak. Dans les zones côtières les opérations sont faites à pied. Aux travaux de nivellement, s'ajoutent des mesures sur les balises de longue durée et le contrôle des polygones de déformation, des liaisons gravimétriques, des mesures magnétiques, des observations météorologiques, etc. Ils sont fin juillet à Crête pour le regroupement de fin de campagne.

Après avoir commencé leurs travaux aux camps III, IV et VI atteints par hélicoptères, les groupes de glaciologie et celui de sondage de température sont mis en place ou déplacés par les groupe de transport. Ils vont parcourir l'axe Ouest-Est jusqu'à Jarl-Joset.

Le groupe Glaciologie, Nivologie, Rhéologie, tout le long du parcours, va mesurer l'accumulation, étudier la stratigraphie du névé, prélever des échantillons, déterminer les mouvements accomplis par les balises, etc. Le puits Dumont est réoccupé. Le groupe Glaciologie, Physico-chimie prélève des carottes de glaces (jusqu'à 35m) pour analyses ultérieures en laboratoire. Le groupe Sondage de température travaille à Jarl-Joset où il reprend les observations météorologiques et procède à des sondages de température avec des sondes thermiques Philberth jusqu'à une profondeur de 1 000m.

Des essais peu concluants du Radar glaciologique, aéroporté et au sol, ont eu lieu courant mai. Finalement l'instrument a été rapatrié pour une transformation fondamentale en vue de prochaines expéditions.

Après le regroupement général à Crête, formé en trois convois, personnel et matériel vont gagner Dye 2 où tous seront réunis le 19 août. En 14 vols les C130 de l'USAF vont rapatrier le personnel et 100 t de matériel sur Søndre Strømfjord. Par avion, les hommes regagnent l'Europe par petits groupes jusqu'au 16 septembre. Le matériel est chargé sur le navire danois Hanne Scan qui arrive au Havre le 25 septembre.

Le programme EGIG est terminé. Il a permis de rapporter une riche moisson de résultats scientifiques qui occuperont, dans leurs laboratoires, pendant longtemps, de nombreux chercheurs. Il a aussi enrichi l'expérience logistique et technologique des Expéditions Polaires Françaises.

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Cette page a été mise à jour le 05/02/07.

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