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3. L'observatoire permanent de Dumont-d'Urville et les grandes opérations scientifiques.Normalement la station Dumont-d'Urville devait fermer en janvier 1959, à la fin de l'Année Géophysique Internationale. In extremis, Paul-Émile Victor obtint l'autorisation et les crédits pour maintenir une activité scientifique en Terre-Adélie. Une mission de 12 membres fut rapidement montée. Elle sera le point de départ d'une occupation permanente qui n'a toujours pas cessé. Dumont-d'Urville, sur l'Île des Pétrels, allait devenir un observatoire permanent pour un certain nombre de disciplines et le support d'opérations scientifiques de grande ampleur qui marquèrent l'histoire des Expéditions Polaires Françaises pour plus de trente ans. Retour au sommaireÉvolution des infrastructures.En 1959 la station Dumont-d'Urville hérite des installations de l'AGI. Elles comprennent trois baraques métalliques " Fillod ", deux au sommet de l'île : la base avec chambres, laboratoires (magnétisme, ionosphère, météo, photo), radio, cuisine, office, vie commune, infirmerie, ... et la centrale électrique, atelier, réserve ; une près de la côte servant de garage et d'atelier pour les véhicules. Une dizaine d'abris en sandwich de contre-plaqué et de klégécell, répartis sur l'île, abritent des capteurs sensibles (magnétisme, sismologie, ozone, photomètres, radiovent, etc.) ou des installations dangereuses (fabrication d'hydrogène, lancement de ballons, etc.). En outre, demeurent les installations de 1952 dites " base Marret " (voir carte de l'île des Pétrels 1959). Ces installations avaient été conçues pour une période limitée aux trois années de l'AGI. Il faut repenser l'ensemble pour en faire une base permanente et adapter le concept aux contraintes de l'environnement, aux capacités logistiques des EPF et aux crédits qu'il faudra rechercher. Les constructions nouvelles devront répondre à un certain nombre de critères : bon isolement sans ponts thermiques, facilité et rapidité de montage impliquant une préfabrication poussée, tenue dans le temps avec le minimum d'entretien, implantation qui évite la formation de congères. Les solutions suivantes sont retenues. Les bâtiments seront constitués de panneaux standards de 16 cm d'épaisseur constitués de deux peaux de stratifié verre-polyester enfermant une mousse de polyuréthanne formant le plancher, le toit et les quatre murs. Ils mesurent 160 sur 240 cm. Légers, ils sont facilement transportables mais particulièrement résistants. Suivant les besoins ils comportent soit une fenêtre fixe ou ouvrante équipée de double vitrage et d'un rideau d'occultation, soit une porte de type réfrigérateur industriel. Les panneaux sont boulonnés à une charpente métallique extérieure par des inclusions dans le sandwich ; l'étanchéité est obtenue par des boudins d'élastomères basse température intercalés entre eux. Le bâtiment repose sur un radier métallique monté sur pilotis. Ainsi éloigné du sol naturel qui n'a donc pas besoin d'être terrassé, il permet à la neige de circuler sans former de congères. Le tout est soigneusement haubané. Seule la nouvelle centrale électrique reposera directement sur une plate-forme compte tenu de la masse des groupes électrogènes qu'elle abritera. La reconstruction commencera en 1963 pour s'achever, tout au moins pour ce premier programme d'aménagement, en 1972. Un gros travail de topographie et de cartographie permettra de conduire les chantiers dans les meilleures conditions possibles. Successivement seront édifiés la centrale électrique, deux bâtiments laboratoires, la " vie commune " avec cuisine, boulangerie, office, restaurant, salon bibliothèque discothèque, labos photos, sanitaires, lavabos et buanderie, un bâtiment logement - le seul avec un étage - avec chambres individuelles, enfin la radio et l'agence postale. Tous ces bâtiments, isolés les uns des autres pour limiter la propagation d'un éventuel incendie, sont reliés par des passerelles métalliques sur pilotis qui rendent aisée la circulation sur un terrain chaotique (voir photo de l'île des Pétrels 1980). Les bâtiments métalliques " Fillod " ne sont cependant pas abandonnés. Les anciennes baraques de l'AGI sont reconverties en magasin et en atelier tandis que de nouvelles sont édifiées pour abriter des installations techniques (magasin général et garage), des équipements scientifiques lourds (moniteur à neutrons), ou des locaux de campagne d'été (logements de complément). De même, progressivement, les abris scientifiques en contre-plaqué sont remplacés par des bâtiments assemblés de panneaux préfabriqués (lancement de ballons) ou par des " shelters " les uns et les autres utilisant des sandwiches verre-polyester et mousse de polyuréthanne. Une cave est creusée dans le gneiss de l'île pour accueillir les sismographes. La nouvelle centrale possède quatre groupes (3x125 kVA et 1x175 kVA) délivrant en moyenne 100 kW en triphasé 220/380V. Cette augmentation de puissance et la qualité de l'énergie délivrée permet un développement des installations scientifiques et une amélioration des conditions de vie. Ainsi en va de l'alimentation en eau douce. Terminée la lessiveuse où fond la neige sur un coin de la cuisinière et aussi les cuves de fonte avec leurs thermoplongeurs. Finies les corvées de neige souvent souillée par les déjections de manchots. A partir de 1968, l'eau douce est produite à partir de l'eau de mer pompée en permanence sous le niveau de la banquise et distillée sous vide relatif en récupérant la chaleur des échappements des groupes électrogènes. La production journalière atteint 3 m3 : de 10 l par homme et par jour pendant l'AGI on est passé à 100 l ! La radio entretient le contact avec le monde extérieur. Deux liaisons avec la métropole sont exploitées : via Nouméa une liaison PTT et via Kerguelen une liaison administrative gérée par les TAAF. Des liaisons inter-antarctique servent principalement aux échanges météo et en été à maintenir le contact avec les raids sur le continent. Longtemps limités à de la télégraphie sur ondes décamétriques les échanges passent progressivement sur télétype. La téléphonie par BLU n'intéresse pendant longtemps que les liaisons locales (raids et navires) avant que des essais concluants mais limités passent par le réseau TAAF. Le satellite (Inmarsat) n'apparaîtra que dans les années 80, apportant confort, sécurité et permanence des liaisons. La " vie commune " dispose d'une cuisine et d'une boulangerie pâtisserie modernes, d'un office où l'eau ne manque plus. Dorénavant, la gastronomie a droit de cité et renvoie au moyen âge de la base le pemmican, les conserves de bœuf assaisonné et la purée en poudre ! Dans cette base moderne, longtemps l'exemple pour tout l'Antarctique, les conditions du travail sont devenues optimales. Retour au sommaireModernisation des transportsC'est toujours par voie maritime que l'on atteint la Terre-Adélie mais il faudra attendre 1985 pour que l'on dispose d'un navire polaire national. Après le Norsel norvégien, trop limité en capacité de transport tant pour le matériel que pour le personnel et singulièrement inconfortable, les EPF affrétèrent chez le danois Lauritzen successivement le Magga Dan puis le Thala Dan. Ce dernier vendu aux Brésiliens en 1982, il fallut trouver un remplaçant en catastrophe. Ce fut, pour deux années, le Lady Franklin, canadien, qui ne reste dans les mémoires que par le timbre que lui consacrèrent les TAAF. En 1984 on revint aux norvégiens avec le Polar Bjørn, beaucoup plus petit, mais on put multiplier les rotations entre la Tasmanie et l'Antarctique, les Australiens à qui les EPF sous-affrétaient leur navire étant devenus autonomes. Enfin en 1988 la Fish (Compagnie Nationale de Navigation) nous permit d'affréter français en adaptant à nos besoins un " supply " polaire l'Astrolabe. L'alternative est l'accès aérien. C'est depuis longtemps la solution adoptée par les USA et les Néo-Zélandais entre Christchurch et Mac Murdo, par les Britanniques, les Argentins et les Chiliens pour leurs bases de la péninsule antarctique. C'est la solution que préconisait le groupe de logistique du SCAR (comité scientifique international de recherche antarctique) dès 1975. La France s'engagea dans cette voie. Le projet proposé par les Expéditions Polaires et présenté par le Territoire des TAAF obtint, en 1986, le feu vert et le financement du Gouvernement malgré une campagne de dénigrement sans fondement orchestrée par le lobby écologiste intégriste. En 1992 une piste, à Dumont-d'Urville, était pratiquement achevée mais la volonté d'aboutir, de se battre pour le projet avait disparu : la piste fut abandonnée. Les transports terrestres n'évoluèrent que très tardivement. Les " sno-cat ", trop fragiles, furent abandonnés après l'AGI. Sur le plateau antarctique, on travailla avec les seuls weasels auxquels s'ajoutèrent, après l'EGIG II, les HB40 Castors revenus du Groenland ainsi que traîneaux et caravanes. Pour travailler autour de la base, sur l'Île des Pétrels, on adapta les weasels en surnombre qui devinrent engins de chantier. Il fallut attendre la fin des années 80 pour acquérir des tracteurs lourds Caterpillar aux chenilles élargies, qui permirent d'augmenter la capacité de transport sur l'inlandsis. Retour au sommaire Continuer page suivanteCette page a été mise à jour le 05/02/07. |
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